Carla Demierre. Les procédés Turlin, 2005

L’art en pente douce : méthode d’immersion.

Alexia Turlin s’applique à répondre aux questions de l’art comme d’un geste désinvolte mais précis, elle s’arrache une peau morte à l’index. Soit, à la question de «l’univers», elle rétorque par la déclinaison d’une ritournelle domestiquée : faites comme chez vous.
Si on touche le fond, elle nous emmène à la montagne. Pour garder la forme, elle nous y plonge.

Elle nous plante dans un décor de rêve où l’on glisse sur des formes souriantes ; du ludique au paradisiaque ou à un exotisme pré mâché, se décline une quête du bonheur par une mise en oeuvre d’un plaisir renouvelable. Le visiteur joue le jeu, se vautrant sur une moquette moelleuse, pour voir.
Alexia Turlin renverse volontiers son spectateur en le couchant par terre ou en le jetant dans un pouf - amortisseurs semblant prévenir d’inévitables chutes de visiteur d’exposition. Le confort promis est sous-tendu par cette attention préventive aux risques encourus, bien plus inquiétants que celui de se prendre les pieds dans la moquette. S’il est un danger auquel s’expose le visiteur, c’est celui de se donner en spectacle.

Sous couvert de faire l’expérience jouissive et transgressive de regarder une œuvre couché par terre en mangeant un hot dog, Alexia Turlin monte de toutes pièces (spectateurs compris) la scène dont elle sera le seul public, et dont elle témoignera plus tard dans les multiples récits d’œuvres qu’elle produit. La situation donnée implique la représentation involontaire du spectateur jouant son propre rôle et rendant publique, aussi bien que collective, l’intimité de son expérience du plaisir esthétique.
Le renversement opéré, l’artiste et ses invités goûtent aux bienfaits de l’art sur le moral.

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à suivre dans "Milkshake agency". Service après-vente. Head. 2007

 

 

Le terrain de la rencontre

«Diversité des médiums, interventions variées, collaborations et rencontres, jeux entre réalité et fiction: ce qui fait le lien entre les propositions de l’artiste apparaît spontanément. On le lit, on l’entend: “Alexia turlin est une artiste de la rencontre. Son œuvre est multiforme et foisonnante”. Par où commencer alors? Quel fil tirer puisque tout se répond et s’emboîte?»

Géraldine Reynier-Gagnard, Le Regardeur, Art contemporain dans le Lot. 2006

Alexia Turlin, de l'ArT et de l'Atterrissage

«Comme toujours , avec Alexia, cela avait commencé par l'une de ces rencontres dont elle cultive l'art. C'est aussi l'un de ses talents d'artiste-entremetteuse que cette capacité, au fil des choses et des situations anodines, à créer une intelligence rare des rapports humains. Et, mine de rien, avec malice et une innocence un peu retorse, retourner les situations comme un gant et vous faire parler, vous qui étiez censé l'interroger (sur son travail).»

Jean-Pierre Greff, préface de «Milkshake Agency», Monographie publiée par la HEAD-Genève. 2007.